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12-08-2008

Claude-Marin Herbert - Cinq + une digressions

Claude-Marin Herbert

"Cinq + une digressions"

Claude-Marin Herbert n'est pas un inconnu sur les pages de hinah puisque l'on retrouve son nom à plusieurs endroits sur le site (hinah series, hinah gifts et hinah calendar) sous le nom de LunDi. Grand amateur des mots, il ne pouvait faire autrement que jouer à nos cinq digressions, concept qu'il a lui-même digressé en ajoutant une sixième.


Voici donc cinq divagations, plus une, commises par Claude-Marin à environ 3800 mètres le 27 juin 2008, la veille d'une ascension au Mont-Blanc...
Lundi
Informe
Commun
Désarmé
Tiens ?
Chatte



Lundi
Non pas que je haïsse les dimanches, non... Mais pour moi le jour commence à la tombée de la nuit. Le coucher du soleil n'est pas la fin du jour, mais son origine : c'est plutôt la nuit que l'on parcourt les hautes montagnes, grimpe sur le corps des femmes, la nuit que les mélodies et les mots se frayent un chemin de l'intérieur vers l'extérieur - efficacement et réciproquement. Le jour, on se repose (plusieurs écrits sérieux consacrent, à tort ou à raison, le dimanche précisément à cet usage). Donc : lundi, jour lunaire.


Informe
J'ai comme l'impression que pas grand chose ne tient - ou que ce pas grand chose tient vraiment à peu de chose : langage, sens, "réalité", sentiments. Je ne crois pas du tout que tout cela soit illusion (bien que cette perspective nous aide à en percevoir l'immense fragilité). Non, simplement : il suffirait, et il suffit parfois, souvent, d'un "rien", pour que les choses tombent en ruine, tournent au chaos, retournent à l'informe.
Les nihilistes, qui sont nombreux, sont au moins certains d'une chose, c'est que rien ne vaut, que tout n'est qu'illusion. Mais encore plus nombreux sont ceux qui s'aggripent comme des moules à ce qui se donne pour stable et certain : identité, appartenance, propriétés. Cette attitude, certes utile à l'équilibre mental, a tendance lorsqu'elle s'affirme avec un peu trop d'insistance à me plonger dans un désarroi et un chagrin qui peuvent être assez grands. Alors qu'avec les nihilistes, on peut toujours essayer de faire des châteaux de sable.
D'ailleurs, ce que j'essaie de faire ressemble à des châteaux de sable, non ? Je sens ça toujours menacé par l'informe, tout en étant intimement lié à lui. Les musiques, mais cela vaut pour toutes les formes d'expression, qui ne font pas de place à l'informe (aka le "silence", aka les bruits, c'est-à-dire "ce qui bruit" comme ce qui sourd), ces "musiques"-là sont vides, figées, surgelées. Elles sont évidemment majoritaires, mais il suffit de couper le son (détruire le stock de la musique enregistrée) ou de les mélanger dans un désordre impeccable, et de nouveau on respire.


Commun
Les artefacts humains, qu'ils soient artistiques, politiques ou sociaux (relations amoureuses incluses), cultivent une tendance à la valorisation des petites différences, de l'originalité, de la "personnalité", etc. qui naturellement débouche sur l'exaspération généralisée de tous par tous, un trait majeur de notre époque à ce qu'il me semble. Tout ça devient finalement très ordinaire que d'être soi-même, tandis qu'être comme un autre apparaît au titre des expériences rares.
Aux films souvent prévisibles qui construisent de toutes pièces un univers irréel ou fantastique, j'ai toujours préféré ceux qui s'attachent à montrer l'étrangeté du banal. Ozu, Bresson, donc. Je crois que ce que l'on appelle "l'imagination" est souvent bien arbitraire, et qu'il s'agit en vérité d'imposer par ce viatique son ego et son monde. Ce qui suppose le mépris de ce qui est commun, dans le sens à la fois de "banal" et "en partage", le monde de tout-le-monde, quoi.


Désarmé
C'est l'état que nous avons intérêt à rechercher, aussi bien évidemment sur le plan politique (n'avoir plus d'armes n'empêche heureusement pas les conflits, mais on gagne probablement à troquer les armes par les mots - qui en constituent de bien plus redoutables, parfois) que sur le plan des relations entre les gens (n'avoir plus de mots n'empêche pas les relations, le devenir-nu signe la débandade jouissive des mots) qu'enfin sur le plan artistique : les choses belles se présentent en général sans armes, et tirent de cet état l'étrange faculté de "désarmer" littéralement le jugement. Voyez Michaux, "Mes propriétés" : désarmant. Tchouang-Tseu : désarmant. Godard ("Les carabiniers" !) : désarmant. Christopher Depp : désarmant. etc.


Tiens ?
Cela va avec le "commun", c'est l'étonnement devant le banal ("tiens, il pleut" ; "tiens, les brutes sont de plus en plus nombreuses au pouvoir de par le monde") et le fait que ce qui est étonnant est aussi évident que partageable - sans quoi votre étonnement peut vite vous donner l'air de ravi de la crèche. C'est quelque chose qui arrive, comme l'album des Nits qui s'intitule "Ting", et puis "tiens, voilà", c'est à toi, si tu ne t'en étais pas aperçu... Dingue, non ?


Chatte
Ce n'est certes pas le seul mot qui évoque aussi bien la chose, mais c'est mon préféré.
Une affiche d'un spectacle parisien montrait récemment la jupe d'une jeune femme s'envolant autour de ses hanches, et le spectacle s'intitulait "Le Paradis". Je trouve ça parfaitement vrai, et je n'en imagine d'ailleurs pas d'autre.
Les femmes ont quand même bien de la chance d'avoir en elles une telle "chose" (?), et de disposer d'un si joli mot pour la désigner - les tentatives pour dire l'organe mâle étant plutôt moins belles, sauf par leur quantité. Ceci dit, ne nous plaignons pas, partout où nous allons, hommes et femmes, nous avons un cul (la "contre-allée" de Bashung) qu'il est aussi chouette d'avoir sur le bout de la langue qu'inversement. Cul que nous avons si... commun et unique à la fois.

 
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